La Belle et le Clochard.

Apres un dîner. Il était déjà temps pour cette Cendrillon de banlieue que je suis, de rentrer à la maison.

J’ai pris l’habitude. Lorsque mon trajet de métro n’est pas direct. De rejoindre à pied la correspondance avant de prendre ma ligne.

J’ai ainsi remonté à pied la Ligne 3. De République à Saint Lazare. En voguant. Sans musique dans les oreilles. Juste avec mes pensées.

J’adore marcher la nuit dans Paris.

J’étais pourtant invisible. Transparent. Et j’avais envie. Peut être besoin. Qu’une personne me complimente. Me dise que j’étais joli.

Il est des périodes où le reflet du miroir est impitoyable. Des moments où l’on n’imagine plus cette infinité de mondes parallèles derrière cette glace. Mais où l’on se focalise sur son enveloppe. Cette enveloppe. Qui une fois ouverte, libère le peu de confiance en soi que l’on possède.

J’ai déambulé dans ce Paris qui me rend de plus en plus triste. Celui des vitrines et entrées de magasins. Transformées chaque nuit en couchettes pour SDF. Cette désolation à chaque coin de rue.

Et à chaque terrasse de café bondée. J’espérais secrètement. Que quelqu’un pense. Wow. Juste en me voyant passer.

C’est sur la Rue Saint Lazare. Face à l’Eglise de la Sainte-Trinité. Au moment où j’allais traverser. Qu’il s’est approché de moi. Le téléphone, remis au fond de la poche. La position de défense.

Il était bourré. Je comprenais un mot sur deux. Mais je savais ce qu’il souhaitait. Il m’a montré ses mains. Brulées. Soulevé son polo. Des marques de brûlures sur le ventre. J’ai fouillé mon sac et trouvé un euro vingt.

Je me suis excusé de trouver si peu. Il m’a dit que c’était plus qu’il ne fallait. Il s’est avancé vers moi. M’a fait la bise. Et m’a dit que j’étais « un beau gosse ».

Comme si quelque part, il avait su de quoi, moi, j’avais besoin. Comme si nous étions dans une réalité alternative. Où les gens quémandent des compliments et non pas de l’argent.

Brahim m’a dit que j’étais si beau qu’il était prêt à « me rouler des pelles » et m’a proposé de venir au Maroc. Nous avons discuté quelques instants et j’ai repris mon chemin.

C’était moi le Clochard. Avec ma crise existentielle égocentrée et mon besoin de compliments. Hélas. Dans cette réalité-ci, un euro vingt de compliments, ça n’était pas suffisant.

Je savais ce qu’il voulait dire par « beau ». Parce que c’est dans ce sens que l’on me le dit toujours.

Malgré tout. Sur le reste du chemin. Sans plus savoir dans quelle réalité j’étais. Compliments ou Argent. Le vide dans ma tête. Je crois que toutes les voix se sont tues de honte. Et j’ai remis la musique dans mes oreilles pour ne pas les inviter à parler de nouveau.

Je suis rentré chez moi sans bruit. Et ai préféré ne pas me regarder dans le miroir. Sans doute pour ne pas y voir apparaître Brahim.

Je suis le garçon qui aurait voulu être beau à couper le souffle. Et ce soir-là, j’ai fait la manche aux compliments.

02. septembre 2016 par Oslo Ohara
Catégories: Oslo Ohara | 1 commentaire

Un commentaire

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *