☆ Quatre.

Je l’ai tout de suite trouvé beau. Mystérieux, avec sa veste en cuir. La voix grave. Je n’étais pas émotionellement disponible mais j’étais attiré. J’ai parlé d’une Alchimie particulière. Une réaction chimique, quelque chose qui se produit. C’était un homme. Rien à voir avec les garçons que j’avais pu connaître. Et j’espérais secrètement pouvoir guérir pour lui donner plus de place.

Et nous voici. Quatre ans après.

Avec Lui, je me sens Spécial. Complet. Et quand il n’est pas là, je ne me sens pas seul. Il rassemble tout ce que j’ai toujours voulu et même plus. Il est taquin et me fait beaucoup rire. Je lui dis qu’il a la peau douce, il me répond que j’ai la peau d’âne. Et je pars en fous rires juste avant de m’endormir. Il est plus grand que moi, plus âgé, plus sage, moins déluré. Il est brun avec de superbes yeux bleus et quelques cheveux gris. Je suis fan de sa denture. J’aime sa peau, son odeur, j’aime quand il transpire. J’adore quand il monte à 150° la nuit.

Je l’aime tout entier. Et j’aime comme il m’aime. D’une façon différente. Plus retenue. Moins criée. Aussi forte. Parce que « l’important, ce que nous soyons tous les deux ».

Quatre ans.

Un jour je l’emmènerai sur ma planète. Parce que je suis un Prince et que j’ai trouvé le mien. Et Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Et j’ai déjà les noms.

☆ Je ne suis plus seul.

J’étais toujours seul. Même accompagné. Même aimé.

Quand je rentrais à pied du Lycée. Dans un amphi de la fac plein d’autres étudiants comme moi. Dans les transports en commun. Sur la piste de danse d’une boîte. En vacances avec mes parents. Sur un canapé entouré de garçons. En allant au travail. En revenant du travail. Dans les bras d’un garçon.

Tout le temps. Toujours. A chaque moment.

Je me suis toujours senti seul. Accompagné non pas d’une solitude voulue. Mais plutôt d’un gros poids. Quelque chose de bien lourd que l’on ressent d’un coup. En plein milieu d’un diner entre amis. Quand tout se passe bien. Et quand, soudainement, on a froid.

D’aussi lointain que je me souvienne. Et même si cette dernière phrase ne m’a pas l’air parfaitement correct. Je me suis toujours senti seul.

Du moins, jusqu’à Lui.

C’est Lui. C’est le premier. Le premier à avoir tué ce sentiment. Je ne sais plus exactement quand. Je ne sais pas exactement comment.

Tout ce que je sais c’est qu’avant Lui, j’étais seul même accompagné. Et que depuis Lui, même seul, je ne suis plus seul.

Je trouve cela magique. Et prie pour que cela reste ainsi jusqu’à la fin de ma vie.

Je ne suis plus seul.

☆ O U I.

1999. J’étais plus jeune. Et je regardais les news en cachette, télécommande à la main, sur le qui-vive. On y parlait du PACS.

Ce n’était pas un mariage. C’était un semblant de reconnaissance. Nous n’étions toujours pas « comme les autres ». Et je me souviens. Que le PACS était inenvisageable pour moi. Je n’étais pas un sous-homme ni un sous-citoyen. Je devais pouvoir me marier.

Fin 2000. J’annonçais à ma Mère que j’étais homosexuel. C’était un soir après la fac. Charmed passait à 19h à la télé. L’expérience la plus dure de toute ma vie. Ma Mère était triste. « Je ne pourrais jamais me marier » – entre autres choses -.

Je ne pourrais jamais me marier.

2002. Ma première présidentielle. Voter pour Christiane Taubira parce qu’elle proposait déjà de permettre aux couples de même sexe de se marier. Parce que c’était une femme et que je voulais UNE Présidente. Parce que c’était une femme noire et que c’était LA personne idéale pour me représenter.

2012. Après des années à droite toute, des années sans évolutions particulières concernant ma personnalité « Homo », et des années particulièrement horribles concernant ma personnalité « Musulman », François Hollande est élu Président de la République. Et parmi ses 60 engagements pour changer la France, l’engagement 31 s’adressait à moi.

« J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels ».

Un an plus tard. Après le soulèvement des Machines, les manifestations de cette France rance portant ballerines, collier de perle et serre-tête et sur le front national de laquelle était écrit « je ne suis pas homophobe, j’ai des amis homos et je pense que ce serait mieux pour eux de souscrire une union sociétale plutôt qu’un mariage comme moi parce que moi je suis hétéro, je ne suis pas comme eux ». Après avoir entendu les pires horreurs venant des pires personnes. Après avoir eu peur suite à une multiplication d’agressions. Après avoir été moi-même « malmené ».

Après des mois de lutte. 331 députés m’ont permis de devenir normal. D’avoir les mêmes droits que mes frères. Et c’est d’autant plus important cette année que l’un d’entre eux est en passe de se marier.

Ca y est. Je suis enfin un garçon normal. Je suis enfin un citoyen lambda (et non plus lambada). Et je me sens libre.

Et même si je ne suis pas dupe. Même si je sais que le monde ne changera pas du jour au lendemain. Mon Monde à moi a changé, aujourd’hui.

M E R C I.

☆ La Peur pour Tous.

Et il est 21h30 et ma journée de travail se termine. Il fait nuit. Me voici à marcher à tâtons en sortant du boulot. Ecouteurs sur les oreilles mais le son suffisamment faible pour pouvoir entendre quelqu’un approcher. Scruter du regard les ombres au sol de sorte que personne ne puisse me surprendre par derrière. Marcher vite. Redouter ce moment où je vais devoir passer sous le pont parce que c’est l’endroit le plus glauque de mon trajet. Ne pas descendre dans la station de métro parce que deux garçons, que ma nouvelle paranoïa me signale comme dangereux, sont juste en train de regarder une carte pour se repérer. Ne regarder personne dans les yeux. Me rendre le plus invisible possible. Et arriver dans mon quartier-ghetto. Traverser les barres d’immeubles. Faire des slaloms entre les groupes de jeunes weshs papotant sous leurs halls. Arriver dans le mien. Ouvrir la porte de la cage d’escalier en priant pour ne pas tomber sur des gars qui fument. Arriver chez moi. Et souffler.

Souffler. Il ne m’est rien arrivé.

Et ce n’est sans doute pas grâce à Christine Boutin, Frigide Barjot, Xavier Bongibault et les autres guignols légitimant les Manifs pour Tous.

J’ai peur de me faire agresser. Plus que d’habitude. Beaucoup plus que d’habitude. Et ce n’est pas normal.

Je ressemble à ces filles qui sont terrorisées à l’idée de se faire agresser sexuellement. Je ressemble à ces filles qui choisissent de porter des pantalons-baskets plutôt qu’une jupe et des talons de peur de se faire violer. Et ce n’est pas une vie.

Christine Boutin, Frigide Barjot, Xavier Bongibault, j’ai grandi en me faisant insulter. Je ne vieillirai pas en me faisant tabasser.

Vous êtes maintenant responsables du Monstre que vous avez enfanté. Vous avez délivré un mal enfoui au plus profond des gens. La haine de l’étranger. Et j’ai maintenant peur d’en être la cible.

☆ Time & Space Key.

Le Temps passe. Le Travail me mange. Mais je le laisse faire.

Je partage mon Temps entre le Travail, la semaine, et Kévin Bacon, le weekend. J’aimerais tellement que les weekends durent le Temps de la semaine. Et la semaine, du weekend.

Etre à plein Temps avec Lui.

Le fait de savoir que quoiqu’il arrive je vis plus avec mon Travail qu’avec Lui me gêne. Et j’espère pouvoir y remédier. Nous verrons bien ce que le Temps nous réserve.

C’est vrai que je n’ai rien écrit du Mois. Parfois la Flemme. Parfois le manque de Temps. Et je mens en disant cela. Je ne prends pas le Temps.

Je n’ai jamais aimé l’Argent. C’est quelque chose que je ne comprends pas. Un désamour réciproque qui ne me gêne, pour le coup, absolument pas. Mais le Temps ?

J’ai toujours l’impression qu’il m’échappe. Je me trouve tellement lent. Pas assez vif. Je pense souvent qu’il me file entre les doigts. Qu’il ne s’écoule pas normalement lorsque j’en ai besoin. La vérité, c’est peut-être qu’à trop vouloir le voir passer, je perds du Temps.

C’est amusant comme il n’était pas question que je parle de cela. Ce n’était pas l’idée de départ de ce billet. Mais depuis quelques jours, je sais que dans un avenir lointain, j’ai donné la Time & Space Key à A. J’ai trouvé ça mignon.

Récemment, j’ai rencontré un joli jeune homme qui bloggue, le Temps d’un Starbucks. Je crois qu’on ne se rend jamais bien compte de l’impact que l’on peut avoir sur d’autres personnes. Surtout quand on est persuadé d’être un grain de sable insignifiant au beau milieu de roches et autres cailloux.

Ou quand on songe à toutes ces personnes qui ont disparu/desquelles je me suis coupé et qui ne semblent jamais me regretter. Malheureusement, le Temps ne me permet toujours pas de tourner certaines pages. Combien de Temps vais-je devoir encore attendre pour enfin ne plus penser à eux ?

Le Temps y peut-il vraiment quelque chose ? Je n’aurais jamais dû les laisser me promettre de toujours être là. Le Temps efface les promesses de la mémoire de ceux qui les font. Hélas pas de celle de ceux qui les entendent.

Cloud Atlas s’est révélé être une agréable surprise. Les univers, entremêlés à travers le Temps, de personnages semblant à la fois si différents mais pourtant bien les mêmes. Avec ici et là, des théories qui font écho aux miennes ou même à ce que je viens d’écrire.

J’étais assis place K26 de la salle A du MK2 Bibliothèque. Et j’ai écrit le mot « Temps » quinze fois sans compter celle-ci.

☆ Ma Première Saint Valentin.

J’étais à l’école primaire. En CE2, il me semble.

A la récré, mon Amoureuse – oui oui – est venue me trouver et m’a offert des petits savons aux formes très mignonnes. Je ne savais pas du tout pourquoi elle m’offrait quelque chose. Moi, je n’avais rien pour elle.

Tout le monde me parlait de la Saint Valentin, mais je ne comprenais absolument pas de quoi il s’agissait.

En rentrant à la maison après l’école, ma Maman, m’a donné de l’argent. Un billet de 50 francs si je me souviens bien. Et elle m’a dit d’aller acheter un énorme et beau bouquet de fleurs et d’aller lui porter.

J’ai pris mon courage à deux mains, ai acheté un beau bouquet plus grand que moi, et ai sonné à sa porte. Ses parents m’ont invité à diner.

Je me souviens d’avoir mangé des coquillettes. Et comme, juste avant mon arrivée, l’un des membres de sa famille avait utilisé du dissolvant, l’odeur se mélangeait à celle des pâtes.

Elle s’appelait Marthe. C’était mon Amoureuse. Ma première Saint Valentin. Et l’odeur du dissolvant me renvoie toujours à ce moment.

☆ Mariage pour Tous.

Parce que je rêve de pouvoir me marier avec Kévin Bacon.
Parce que je rêve que nous puissions avoir de beaux enfants heureux.
Parce que je rêve que nous puissions former une belle famille heureuse.
Parce que je rêve que l’on puisse dire que les Deux Princes se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

Et parce que, dans un monde juste, le verbe « pouvoir » devrait disparaître de chacune de ces phrases.

M A R I A G E P O U R T O U S.

PS : et parce que nous sommes plusieurs dans ma tête et que l’un d’entre nous voit le futur, voici une recomposition de ma future famille. 

☆ Humiliation.

C’était dimanche. Je rentrais de chez mes parents et souhaitais repasser chez moi avant d’aller rejoindre Kévin Bacon. Il y avait ce groupe de jeunes. 8-14 ans. En train de s’amuser avec la neige. Ils étaient une quinzaine. Et il n’y avait qu’un trajet possible.

Je n’ai plus dix ans. J’ai trente ans. Et non, je ne m’amuse plus à faire des détours dans mon quartier pour éviter le danger. Déjà que ça me rend juste malade d’envisager qu’il puisse y avoir un « danger » à passer près d’un groupe d’ados…

Je passe près d’eux. Et c’est fini pour moi.

En les dépassant, je vois une boule de neige s’écraser à mes pieds. Je me retourne et leur demande ce qui leur arrive. Leur réponse : « Sale pédé », « Sale gay ». Puis… des boules de neige.

H U M I L I A T I O N

Sur les quinze, quelques uns se lancent sur moi et me balancent de la neige et l’un d’entre eux finit par me vider un sac plastique rempli de neige sur la tête. Les autres regardent et se marrent. J’ordonne à l’un d’entre eux de reposer immédiatement la boule qu’il vient de ramasser à terre. Il me dit non. Tout simplement.

H U M I L I A T I O N

Lorsque mon PETIT frère avait appris, il y a deux ans que j’étais victime de lynchage dans mon quartier (une fois par an, j’ai le droit à des jets de pierre et c’est ma triste réalité) il m’avait ordonné de crier son prénom. Juste son prénom, pour calmer directement, ceux qui s’en prendraient à moi.

Et encerclé par ces gamins, je n’ai eu d’autre choix que de hurler le prénom de mon PETIT frère.

H U M I L I A T I O N

La partie du groupe qui se marrait au loin leur a vite conseillé d’arrêter. Celui qui tenait encore sa boule de neige pour me la lancer l’a lâché illico. C’était trop pour moi. J’étais couvert de neige. J’ai pris mon téléphone et demandé à mon frère de venir de suite.

H U M I L I A T I O N

Il est arrivé avec un énorme bout de bois. Le groupe s’était dispersé et les fautifs s’étaient tous enfuis. Il a tabassé tous ceux qui étaient encore présents et refusaient de lui donner des noms. Et j’étais juste derrière lui, à le voir s’énerver alors que je n’avais qu’une envie, rentrer m’enfermer chez moi pour pleurer.

H U M I L I A T I O N

Je me suis senti moins humilié quand il s’agissait de pierres. Moins humilié quand il ne s’agissait « que » d’insultes. Je ne sais pas ce qui m’a le plus blessé. Le fait qu’il s’agisse de neige. Ou le fait qu’ils étaient nombreux et m’encerclaient. Ou tout.

Je suis resté enfermé chez moi toute la journée et ai refusé de ressortir. J’ai envoyé un message à Kévin Bacon pour lui dire qu’on ne se verrait pas. Et j’ai pleuré.

H U M I L I A T I O N

J’ai découvert hier, que Mme Christine Boutin s’était sentie humiliée parce que les opposants au Mariage pour tous allaient être reçus non pas par le président de la république mais par son directeur de cabinet (voire ce tweet).

Mme Boutin, je peux vous le dire. Moi, je peux vous le dire. Ceci n’est pas de l’humiliation.

L’humiliation, c’est quand à 30 ans, votre petit frère doit venir vous sauver d’un groupe de petits pisseux qui ne savent pas ce qu’ils sont en train de faire. L’humiliation c’est quand votre mère a sonné à toutes les portes pour avoir des noms et demander aux parents d’élever leurs enfants. L’humiliation c’est quand on doit dire à votre père que si on vous a lancé de la neige c’est parce que vous êtes « différent » parce qu’on ne peut pas lui expliquer ce qu’il s’est exactement passé. L’humiliation c’est quand vous craignez maintenant de sortir de chez vous et de tomber sur vos bourreaux de huit ans. L’humiliation c’est d’avoir ce genre d’histoires à raconter.

Et après l’humiliation, il y a la peur.

Dimanche c’était des boules de neige. A quand les coups de couteau ?

☆ Je Nous Aime.

Le billet d’hier était un billet important pour moi. Et je voudrais remercier toutes les personnes qui l’ont fait circuler, ainsi que les personnes venues y commenter. Je ne suis plus ce jeune garçon fragile. Je suis un homme à présent et je suis heureux que ce billet ait pu atteindre et toucher certaines personnes.

Parce que l’on nous demande toujours de raconter comment nous l’avons annoncé à nos proches. Le Fameux Coming-Out. « L’Aveu ». « Quand as-tu avoué à tes parents que tu étais homosexuel ? » Avouer. Quel grand mot.

Mais rarement, voire jamais, on est amené à pouvoir raconter ce qu’est, ce qu’à été, notre quotidien. Les insultes, les brimades, les agressions, le suicide parfois… Comme si finalement, notre souffrance n’était rien vis à vis de ce que pouvaient ressentir les autres à notre sujet. Comme si ce qui était le plus important était l’Autre et son rapport à Notre sexualité et non pas Nous et le mal que pouvait nous infliger l’Autre.

Hier, j’ai parlé de mon Histoire. Ce que j’ai vécu, ce que je vis parfois aujourd’hui et ce que je vivrai encore certainement. Nous n’avons pas tous la même. Mon histoire est peut-être plus triste que celle d’une autre personne mais je sais surtout qu’elle est plus chanceuse et heureuse qu’une autre. Preuve en est. Je suis là pour la raconter.

J’ai grandi. Et je me suis construit. Ma Famille compte énormément pour moi. J’ai eu la chance de faire des rencontres incroyables et d’avoir beaucoup d’amis. Je suis amoureux d’un Homme qui réalise sans le savoir mes rêves. Et je crois en Dieu. Ma Foi ne vacille pas et n’est nullement incompatible avec qui je suis. Je suis aimé et j’aime.

Et c’est ma chance. C’est ce qui a atténué ces souffrances dont je parlais hier. C’est ce qui m’a permis à moi de devenir ce trentenaire souriant et aimant. Et c’est peut-être ce qui a manqué, qui manque à d’autres.

Chers participants à la Manif pour Tous, je ne vous hais point. Je n’ai pas été élevé comme cela. Hier, je voulais que ça marque. Je vous en veux, et ça je peux le dire, parce que je considère que vos arguments ne tiennent pas la route. Je considère que cette Manifestation n’aurait pas dû, en 2013, réunir autant de monde, ni même se faire.

Manifester pour empêcher une partie infime de la population d’avoir les mêmes droits que l’autre. Manifester alors même que cette loi ne remettrait nullement en cause les droits dont vous jouissez déjà. Manifester alors qu’elle ne nous donnerait pas plus de droits que vous. Je trouve cela aberrant.

L’Egalité. Ce mot qui fait partie de la devise de notre Pays. Vous la refusez. Au nom de quoi ?! Vous avez tous vos raisons. Mais aucune n’a de sens pour moi.

Vous ne pourrez pas, avec toute la bonne volonté possible, réussir à expliquer à mes semblables, en quoi manifester contre l’Egalité des droits pour les homosexuels, n’est pas un acte homophobe ou si vous préférez emprunt d’une certaine appréhension de l’Homosexualité.

Qu’est-ce qui, aujourd’hui, en 2013, dans un pays laïc, un pays occidental et « développé » justifie qu’une partie de la population ne puisse avoir les même droits que l’autre ?

C’est vrai. J’oubliais. La France n’est un pays laïc que lorsqu’il est question de stigmatiser une autre religion. Faire une loi contre la Burqa, ou s’indigner des prières dans les rues, ça c’est ce qui a été considéré comme de la revendication laïque. Mais ouvrir le droit aux homosexuels de pouvoir se marier CIVILEMENT, là étonnamment il n’est plus question de laïcité.

L’Intérêt de l’enfant ? Ce même enfant que j’ai vu défiler dimanche par ces températures, entouré de toute cette « tolérance » que vous lui montrez, de ces slogans pernicieux brandis devant lui.

Qui fait du mal à l’enfant ? Le fait d’avoir deux papas ? Ou le fait de voir à la télé un million de personnes lui dire que ses deux papas ne sauraient être considérés comme une famille ? Le fait que chaque jour on lui dise que ça n’est pas normal d’avoir deux papas ? Ou encore le fait que cet enfant ne soit pas protégé par la société comme le sont actuellement tous les autres enfants, qu’ils vivent au sein d’une famille « Papa + Maman » ou « Papa + Belle Maman » ou « Maman + Beau Papa » ou « Papa sans Maman » ou « Maman sans Papa » ou « Orphelinat ».

Qui lui fait RÉELLEMENT du mal ? Ces deux papas qui l’aiment ? Ces deux personnes qui malgré une société hostile ont choisi dans un projet commun de fonder une famille ? Deux hommes qui n’ont pas eu d’accident de pilule, qui n’ont certainement pas fait tout ça pour des allocations, qui n’avaient pas trop bu, qui n’avaient pas 14 ans et ignoraient que même pour un premier rapport sexuel il fallait mettre un préservatif ?

Ou justement cette société hostile ?

Personnes qui étiez à la Manif pour tous. Mettez de côté votre appréhension de l’homosexualité. Mettez de côté vos convictions religieuses. Mettez de côté les mensonges que vous sortent ces politiques qui essaient de masquer le fiasco de leur gestion du pays. Mettez de côté les contre-vérités que profèrent ces personnalités en manque de reconnaissance, bancales et vulgaires, qui mènent vos cortèges.

Soyez Justes. Il n’y a qu’un élément à prendre en compte : l’Egalité. C’est le seul qui soit réellement en jeu. Je ne vous hais point personnellement. Je hais simplement l’Inégalité et l’injustice. Mais n’en soyez pas les instruments.

☆ Je vous hais.

On ne comprend pas vraiment. On a cinq ans à peine, on rentre de l’école et un garçon plus âgé vous appelle « la Fillette ». A l’école primaire, les autres garçons vous surnomment « lavette », « mauviette », ou ajoutent simplement « -ette » à votre prénom.

Vous grandissez et arrivez au collège. Vous devenez « la pédale » puis « le pédé ». Un jour vous entendez pour la première fois le mot « tante » mais vous ne saisissez pas pourquoi le frère d’une de vos copines de classe vous a dit ça. Un autre jour, c’est « tapette » puis « tarlouse ».

Parfois, il n’y a pas de mot. Juste un geste de la main, ce geste si féminin d’une main qui se rabat. Et ça arrive devant vos parents. C’est la première honte de votre vie. Ce même geste, un jour, votre prof de français de troisième va le faire devant toute votre classe. C’est la première humiliation de votre vie. Il appellera le soir même à la maison pour vous présenter ses excuses. Vous accepterez en le remerciant alors que vous vous vouliez juste lui dire d’aller se faire foutre. Et quand vos parents vous demanderont pourquoi il vous a appelé, vous prétexterez autre chose.

Vous allez grandir comme ça. Vous construire comme ça. Du primaire au lycée, puis à la fac. Rien ne vous sera épargné. Vous n’êtes pas une fille. Vous n’êtes pas un garçon. Vous êtes le pédé.

Tous les jours. A n’importe quel moment. On pourra vous insulter. Se moquer de vous. Vous dévisager. Chaque jour, on pourra vous diminuer, vous humilier, vous tuer de l’intérieur quand on le voudra. Juste en vous appelant « le pédé ».

Vous n’êtes pas un garçon comme les autres. Vous ne serez jamais un garçon tout court. Vous serez « le pédé ».

Et lorsque le mot « pédé » deviendra une forme de « connard ». Lorsque les mots ne suffiront plus. Vous vous ferez agresser. Ils vous tomberont dessus à plusieurs. Et rarement vous serez secourus. Vous devrez apprendre à ruser, vous défendre, vous sauver. Reconnaître les situations et lieux à risques. Et toujours cacher ces blessures qui ne sont pas toujours visibles.

Vous avez été, êtes, et serez, la dernière forme d’enfant battu par la société.

C’est ce qui m’est arrivé.

Je viens d’un endroit particulier dans lequel un garçon est un mec. Et une fille, une pute. J’ai morflé et je morfle encore. Ils me connaissent tous. Mais je ne les connais pas. Je suis « le pédé ». Je pensais innocemment que ceux qui m’insultaient étant petit arrêteraient en grandissant. Et qu’avec eux, plus jamais je n’entendrais ces mots.

Mais les plus jeunes s’y sont mis. Et après eux les plus jeunes encore. Ils avaient quinze ans quand j’en avais cinq. Ils en ont sept alors que j’en ai trente. Le renouvellement des générations s’est fait. Et il est plus violent. Avant, les mots, aujourd’hui les pierres. Pierres qui sont toujours lancées une fois le dos tourné.

Je pensais qu’il fallait que je quitte cet endroit. Que la ghettoïsation était la responsable de cette violence. Je suis une erreur dans ce décor. Comme un anachronisme dans un film. Ou un bug dans un logiciel. J’avais associé ce type de personnes qui m’entoure à la bêtise. Et je pensais naïvement que ma situation était une combinaison des pires éléments possibles. Qu’ailleurs, ce serait mieux. Forcément mieux puisque ce n’était pas ici.

Et puis, le 13.01.13, ils sont arrivés de partout. Et ils ne ressemblaient pas du tout à ceux qui s’en prennent à moi chaque jour. Ils pouvaient être n’importe qui. Avoir fait de grandes écoles. Avoir eu les carrières politiques les plus exceptionnelles. Avoir bénéficié de tout ce qui aurait dû en faire des personnes ouvertes, rationnelles, justes et honnêtes.

Et au lieu de ça. La Polygamie, L’Inceste, la Zoophilie, la Pédophilie, toutes les monstruosités, toute la mauvaise foi, la méchanceté, la malhonnêteté et l’hypocrisie possible juste pour conserver un privilège dont ils usent et abusent.

Des familles de cinq à quinze enfants dans lesquelles on se demande quel est l’intérêt de l’enfant de devoir partager en quinze le plat du soir, des recomposées, des divorcées, des parents ayant amené leurs enfants défiler sans qu’ils ne comprennent réellement pourquoi ils étaient là, des religieux dont on ne comprend pas vraiment la place dans une proposition de loi sur le mariage civil, des extrémistes qui défendent une famille qui n’existe plus, des femmes qui se laissent dicter leur conduite et leur place dans un foyer, des blacks qui oublient leur Histoire, des musulmans qui oublient les cinq dernières années passées à lutter contre l’Islamophobie, des minorités qui ne sont pas assez intelligentes pour s’apercevoir qu’elles font ce qu’il leur a été fait et ce qui parfois leur est fait encore aujourd’hui.

Serions-nous la minorité de la minorité ? La dernière des minorités ? Celle jugée la plus bas sur l’échelle de ce qui a le droit de cité ?

L’intérêt de l’enfant ? Vous défendez l’intérêt de l’enfant ? Vous craignez qu’avoir deux parents homos lui fasse vivre un enfer ? Et mon enfer à moi, fils d’hétéros ? Où étiez-vous quand j’étais plus jeune ?

Vous êtes un serpent qui se mord la queue. Un cercle vicieux de la bêtise humaine. Les reliques d’une société qui n’existe plus. Les cancers de la Foi. Vous avez été jusqu’à pervertir les religions en leur faisant dire tout l’inverse de ce qui y était écrit.

Et moi j’ai honte pour vous. Et je vous HAIS. Je hais chacun de ceux que j’ai pu voir dans les médias. Je hais chacun de ceux dont j’ai vu les noms participants à la Manif pour Tous. Triste événement de notre histoire que nous devrions appeler « Manif contre Nous ». Je vous hais et j’ai souhaité si fort que vous mourriez tous dimanche. Je plains vos enfants, vos futurs enfants, ceux qui deviendront peut-être des garçons ou des filles comme moi, ceux qui le sont déjà et qui doivent terriblement souffrir de votre bêtise.

Je vous hais. Et j’aimerais que vous n’existiez pas. Vous n’êtes pas des Hommes. Vous n’êtes pas des Femmes. Vous êtes une aberration.

Nous sommes en 2013 et en vous regardant j’ai l’impression de ré-entendre avec la même douleur que la première fois le mot « pédé ».

Je vous hais.