L’année de mon Bac.

Il y a quinze ans. J’ai eu mon bac. L’allemand LV2 et le sport m’ont sauvé. Totalement improbable et pourtant…

J’avais 17 ans. J’étais un grand garçon assez maigre. Cinquante kilos pour un mètre quatre vingt trois. J’avais de longues jambes fines qui montaient jusque là. Et mon rêve était d’avoir des cheveux lisses et raides comme ceux de Subaru Sumeragi de Tokyo Babylon.

Mais ils étaient tout le contraire alors je passais mon temps à les lisser. Si j’avais su qu’ils m’abandonneraient progressivement, je ne les aurais pas autant maltraités.

J’étais une vraie fille manquée. Et dans un monde où cette expression est toujours péjorative (contrairement à l’équivalent « Garçon Manqué » – injustice), je pense pouvoir dire que j’étais brave.

J’avais un style vestimentaire très personnel. J’adorais les pantalons à carreaux et mes T-shirts n’étaient pas forcément adaptés à ma taille, ni à mon âge. Et en fait pas réellement adaptés à mon genre. Je portais souvent des chemises, que je ne boutonnais que sur deux boutons au niveau du torse. Je devrais sans doute dire, poitrine.

C’est l’année de mon Bac que j’ai fini par me laisser aller aux Rêveries. J’avais jusqu’alors toujours pu contrôler ces disparitions. Un moment, j’étais en cours, dans ma classe, entouré des autres élèves, et d’un coup, je me retrouvais ailleurs. Loin, très loin.

C’est ma prof d’éco/socio qui m’a expliqué que je décrochais et qu’elle ne savait jamais véritablement si j’étais là ou dans mon monde.

Je craquais sur Fabien. Le beau brun bien sous tout rapport de la classe. Intelligent, mignon et sportif que j’essayais d’impressionner de toutes les manières possibles. Je ne savais pas comment un garçon pouvait/devait plaire à un autre. Nous n’avions à ce moment-là pas tous ces persos gays de séries. Nous n’avions pas tous ces modèles. Nous étions seuls.

Même si j’avais beaucoup d’amis, je faisais toujours le chemin de/jusqu’à chez moi, seul. Je rêvais du grand amour. Chaque fois que j’allais ou rentrais du lycée, je fantasmais à l’idée qu’un type à moto me propose de me raccompagner. Qu’un homme m’aborde. Que je rencontre quelqu’un.

Mais ça ne se fit jamais. J’étais un épouvantail.

J’étais populaire dans mon lycée. Pas du tout comme ces étudiants américains dans les séries. J’étais populaire parce que j’étais différent. Tout le monde me connaissait ou avait un avis ou un mot pour moi.

Et ce mot était souvent « le pédé ».

Toutes ses particularités ont laissé le champ libre à cette solitude intérieure. Cette immense forteresse. Ce monde qui n’est qu’à moi. Dans lequel, j’allais me réfugier sans m’en apercevoir. Et dans lequel je disparaissais. Sans cesse. Comme si cela m’enveloppait. Comme une armure invisible.

Je repense souvent à ce garçon que j’étais. J’ai beaucoup d’affection pour lui. Et si je pouvais moi aussi traverser un trou noir et me retrouver derrière sa bibliothèque à mangas, j’en profiterais pour lui dire des choses gentilles. Lui donner du courage. Encore plus de force. Et certainement lui parler de l’Homme de ma vie. Le futur homme de la sienne. Comme pour lui dire que tout arrive.

Mais, en fait, ce garçon était déjà bien courageux. Beaucoup plus courageux que je ne le suis aujourd’hui. Beaucoup plus fort. Lorsque je pense à tous ces jeunes qui commettent l’irréparable parce qu’ils ne voient pas d’alternative possible. Je me dis qu’il y avait certainement déjà quelqu’un derrière ma bibliothèque.

Et si c’était déjà moi ?

Celui qui ne pleure pas.

Le weekend dernier. Mon père a fait un AVC.

Les derniers résultats d’examens sont encourageants. Il va mieux. Et devra rester hospitalisé un court moment avant d’entrer en maison de rééducation.

Je n’ai pas pleuré.

Pourquoi est-ce que je n’ai pas pleuré ?

Pourquoi suis-je le seul à n’avoir pas pleuré ?

Et pourquoi est-ce que j’ai envie de pleurer… du fait de ne pas arriver à pleurer ? (et que je n’y arrive même pas).

Ma mère a pleuré. Mes frères ont pleuré. Les oncles. Les tantes. Les cousins ont pleuré. Les amis de la famille ont pleuré. Tout le monde a pleuré.

Moi non.

Tout à l’heure. Mon frère m’a demandé si je suivais une série. Il m’a dit qu’elle devrait me plaire parce que le personnage principal était comme moi. « Un type sans coeur avec un QI élevé ».

Souvent. Pour expliquer pourquoi je ne pleure pas. Je dis aux gens que je suis un robot. Et à vous plusieurs fois, je vous ai dit que j’étais un extra-terrestre. Je vous ai également dit, du temps de Beur-Boy, que je ne comprenais pas bien comment se nouaient les relations humaines. Que j’avais toujours l’impression d’être sur un banc de touche. A attendre une connexion.

Je n’arrive pas toujours à garder mes amis. Il y a ceux qui s’en vont parce qu’ils me reprochent de ne pas savoir entretenir une amitié. Ou qui me disent que je ne comprends pas ce qu’est l’amitié. Et ceux qui s’en vont sans expliquer pourquoi.

Je peux rester une semaine chez moi sans ressentir le besoin de voir quelqu’un. Et si une personne sonne à la porte. Je baisse le son de la télé. Et fais le mort. Parce que je ne supporte pas que l’on vienne sans y être invité.

Je suis constamment dans la Lune. Et parfois, même quand vous me parlez. Je vais vous raconter ma vie. Et quand ça sera à votre tour. Mon regard se videra et je serai parti.

J’ai plein de petites habitudes qui font maintenant rire mon entourage. Je ne bois pas dans le verre d’une autre personne. Je ne dors pas dans un lit étranger. Je ne marche pas sur les traits. Je compte les marches en montant. Je déteste serrer la main. Je déteste que l’on me touche. Surtout quand je n’ai pas invité la personne à le faire. Et d’autant plus quand il s’agit d’une fille.

Et je demande souvent pourquoi ? Pour tout, pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il faut faire ça ? Et là qu’est-ce que je dois dire/faire ?

Et je pense savoir aujourd’hui que la question n’est pas tant « Pourquoi ? » mais plutôt « Qui/Que ? ».

Comme dans « Que suis-je ? »

Et de trouver la réponse. Même si j’ai déjà ma petite idée.

Six

Et de six.

Le 14 mai 2009. Au soir. Sous la pluie. J’ai rencontré ce garçon. Il portait une veste en cuir. Je dis garçon mais c’était un homme. Avec une voix grave. Et des yeux bleus profonds. Nous nous sommes posés. Il a pris une bière. Moi, un coca. C’était au Bateau Ivre.

Au détour d’une rue sombre. Je lui ai demandé de quel signe il était. Et je l’ai embrassé. Scorpion contre Sagittaire. Rue du Père-Teilhard-de-Chardin.

Je n’oublierai jamais ce soir-là. Et bien qu’amoché et cachant mes sentiments, j’ai très vite craqué pour lui. Ce que je n’ai fini par lui avouer qu’un an après. Regrettant tout ce temps où je l’ai maintenu à distance.

Aujourd’hui. Comme pour rattraper ce temps perdu. Je lui dis que je l’aime chaque fois que je le pense. Chaque fois que je le regarde. Chaque fois que je pense à Lui. Je souhaite que tout cela ne s’arrête jamais. Qu’il soit dans mon futur. Et moi dans le sien.

Il est celui qui m’a permis de ne plus me sentir seul même quand je suis seul. Et si l’on me demande à quel endroit je me sens le mieux. Je répondrais toujours que c’est avec Lui.

Avec Lui.

Le Garçon de Bordeaux.

La semaine dernière. Je suis allé à Bordeaux. Je n’y avais pas mis les pieds depuis ce jour où un garçon m’y a abandonné à la gare. C’était en 2008.

Je parle très peu de ce garçon. Notre histoire d’amitié a été rapide. Une sorte de feu de paille. Un éclair. Quelque part en Avril et Aout.

Je l’ai rencontré sur Paris par l’intermédiaire d’anciens blogueurs. La grande époque. Nous avions rendez-vous au Pick Clops. Nous étions six. Et c’est la première fois que je le voyais. Il était au centre de tout. J’étais plutôt à l’est. Mais je le trouvais drôle et charmant. Et il me taquinait.

Ce qui, dans les faits, me suffisait amplement.

Il m’a alors jeté une cacahuète. Une cacahuète entière. Et j’ai compris que je lui plaisais aussi. Allez savoir pourquoi. Je savais que c’était sa façon à lui de me faire comprendre que je lui plaisais bien.

J’ai fini par changer de place et m’assoir à côté de lui. J’avais un énorme bouton sur le visage mais je m’en suis aperçu beaucoup plus tard ce soir-là. Ca ne semblait pas le gêner. Lui s’amusait simplement du duvet sur mes oreilles.

Nous nous sommes tous retrouvés le lendemain. Et lui et moi avons pu nous rapprocher davantage. On était déjà dans la Bulle. La fameuse Bulle qui fait entrer deux personnes dans un autre monde et les coupe de ce/ceux qui les entoure/nt.

Il n’était cependant absolument pas question de craquer sur lui. J’avais déjà expérimenté les relations à distance et je ne voulais pas m’y perdre à nouveau. Tout ne devait rester qu’amical.

Le lendemain. Juste tous les deux. Nous passions la journée ensemble avant son retour pour Bordeaux. Tout se passait très bien. Tout était parfait. Jusqu’à son baiser volé.

Ca n’a duré que quelques secondes. Et ce serait mentir que de dire que je n’aurais pas souhaité plus. Mais je n’envisageais vraiment pas de vivre une nouvelle histoire compliquée. Et lui non plus d’ailleurs. Nous avons décidé de jeter ce baiser de rien du tout aux oubliettes. Mais je n’oublie rien. C’est ma malédiction. Je me rappelle de l’endroit précis où c’est arrivé. Comme tous les détails de cette histoire. Hyperthymésie.

Il est retourné sur Bordeaux. Et nous avons alors commencé à nous appeler. Assez souvent. Il me réconfortait. Me disait des choses qu’on ne m’avait jamais dites. Il me redonnait de l’énergie. J’appréciais beaucoup de l’avoir.

Il est revenu deux fois sur Paris. Chaque fois pour « recharger mes batteries » comme il me le disait. C’était une époque difficile pour moi. Je n’allais pas bien. Ma solitude me pesait. Et mes enfantillages avec Atypik et Ekkooo me tuaient.

Entre ses deux visites, j’ai rencontré Jolies Lèvres. Et j’ai commencé à aller mieux. Je pensais alors avoir suffisamment d’énergie pour m’occuper de lui à mon tour.

En Août, je m’organisais pour pouvoir aller le voir. Je comptais passer quelques jours avec lui. Il me racontait souvent comment il recevait ses amis et j’imaginais un peu le programme qu’il me réservait.

Je n’y étais pas du tout.

Manifestement, j’avais fait une erreur en arrivant et en m’auto-proclamant Docteur. Ce qu’il avait fait pour moi, il refusait catégoriquement que je puisse le faire pour lui. Il a commencé par se refermer. Me reprocher des petites choses comme appeler Jolies Lèvres ou ma Mère pendant que lui et ses amis mettaient la table. Il a fini par ne plus m’adresser la parole. Il faisait tellement beau dehors et il nous retenait à l’intérieur. Je ne savais plus quoi faire. Il est allé jusqu’à contacter L’Homme à la Bouteille pour savoir si nous étions vraiment sortis ensemble.

J’ai fini par lui demander de me déposer à la gare. Avançant donc la date de mon retour. J’y ai changé mon billet. Prochain train dans deux heures. Et il est parti. Il est rentré chez lui sans se retourner. Me laissant à la Gare.

J’ai attendu mon train. Et suis rentré sur Paris sans réellement comprendre ce qu’il s’était passé. Et quelle erreur j’avais pu commettre. Il n’a plus répondu aux appels. Il n’a plus répondu aux messages. Il a simplement répondu à un billet sur Beur-Boy. Et c’était la fin.

Me retrouver à Bordeaux. Dans cette gare. A fait remonter tous ces souvenirs. Toute cette histoire. Elle a presque sept ans. Et j’ai toujours la cacahuète. Elle est dans ma Boite à Malices. Là où je conserve les petits riens qui vont avec mes souvenirs.

Parfois, j’aimerais retourner en 2008. Parce que ce serait certainement le moyen le plus simple de tous les revoir. Peut-être même, le seul moyen.

Mais je n’ai pas ce pouvoir. Moi je ne peux qu’écrire.

Les Fins des 15 avril.

Il y a quelques jours. En l’espionnant sur twitter. Je me suis demandé si tout allait bien pour lui. Quelque chose clochait. Il renvoyait vers un billet de blog plutôt désespéré. Et je m’étais alors fait cette réflexion. Que si jamais il prenait contact avec moi, je ne le rejetterais pas. Et l’aiderais.

Hier. Le 15 avril 2015. J’ai reçu une notification m’indiquant qu’il ne me suivait plus. Ce que je ne peux lui reprocher, m’étant moi-même désabonné il y a un moment déjà, n’appréciant pas notre manque d’échange ni même sa participation irrégulière sur ce médium. Mais. Je persistais quand même à l’espionner. Afin de suivre sa vie. Et toujours garder un oeil sur lui. Parce que j’ai l’impression qu’il ne sera jamais n’importe qui.

Un 15 avril. Evidemment.

Parce que ma vie a été écrite par des scénaristes de Soap Opera. Tout n’y est que symboles et coïncidences. Tout est fait pour me faire cogiter. Et je me demande maintenant si derrière mon étagère à mangas pour filles, il n’y a pas un double de moi qui cherche à me faire passer des messages.

Un 15 avril. Une date redondante, cyclique dans mon/notre histoire.

Il y a six ans. Un 15 avril. Fraîchement largué, je l’avais appelé pour qu’il me réconforte. Ce n’était pas mon idée. Je n’ai pas pour habitude de me confier lorsque quelque chose ne va pas. Au contraire, je suis plutôt du genre à me replier sur moi. Pour me soigner de l’intérieur. Sans l’aide de personne. Parce que je suis plusieurs et que c’est ainsi que nous avons toujours procédé.

Mais, ce 15 avril là, en rentrant chez moi. Empruntant ce couloir de métro, qui depuis me rappelle chaque fois, chaque jour, à chaque passage, ce moment précis. Je l’ai appelé. Pour qu’il m’aide.

Et, ce soir-là. Ca a été notre fin à nous aussi.

Incapable de parler, il avait gentiment abrégé la conversation. Me conseillant d’appeler une autre personne. Personne dont je me fichais absolument.

Nous n’avons jamais pu surmonter cet événement. Tantôt par ma rage et rancune. Tantôt par son copain extrêmement jaloux. Tantôt par nos vies éloignées.

Il m’arrive encore de me demander si nous avions réellement envie que cela se produise. Ou si nous n’étions, finalement, pas mieux l’un sans l’autre. Je surestime même sûrement l’importance de notre relation passée et les souvenirs que j’ai pu lui laisser.

Ce que je sais, c’est que j’ai eu un réel coup de coeur pour ce garçon. Pas pour celui que tout le monde croyait connaître ou aurait voulu connaître (dans plusieurs sens d’ailleurs). Mais pour celui que j’ai eu la chance de découvrir. Je me souviens de tous ces moments où nous entrions dans une bulle, lui et moi. Mettant parfois mal à l’aise les gens qui nous entouraient. Je me rappelle de tous ces moments à deux. De ces messages que nous nous envoyions. Nous étions amis. Et je suis content d’avoir pu avoir cette complicité et cette place auprès de lui. Celle qui rendait jaloux et faisait parler tout le monde.

J’avais l’impression d’être spécial.

Je l’aimais beaucoup. C’était un garçon important pour moi. Et il ne sera jamais n’importe qui. Parce que dès le début, il était atypique.

Je souhaite que tout aille pour le mieux pour lui. Parce que je sais moi que c’est son coeur qui est « as big as you think ».

Je regretterai certainement d’avoir écrit tout ça. Mais j’y tenais.