Celui qui ne pleure pas.

Le weekend dernier. Mon père a fait un AVC.

Les derniers résultats d’examens sont encourageants. Il va mieux. Et devra rester hospitalisé un court moment avant d’entrer en maison de rééducation.

Je n’ai pas pleuré.

Pourquoi est-ce que je n’ai pas pleuré ?

Pourquoi suis-je le seul à n’avoir pas pleuré ?

Et pourquoi est-ce que j’ai envie de pleurer… du fait de ne pas arriver à pleurer ? (et que je n’y arrive même pas).

Ma mère a pleuré. Mes frères ont pleuré. Les oncles. Les tantes. Les cousins ont pleuré. Les amis de la famille ont pleuré. Tout le monde a pleuré.

Moi non.

Tout à l’heure. Mon frère m’a demandé si je suivais une série. Il m’a dit qu’elle devrait me plaire parce que le personnage principal était comme moi. « Un type sans coeur avec un QI élevé ».

Souvent. Pour expliquer pourquoi je ne pleure pas. Je dis aux gens que je suis un robot. Et à vous plusieurs fois, je vous ai dit que j’étais un extra-terrestre. Je vous ai également dit, du temps de Beur-Boy, que je ne comprenais pas bien comment se nouaient les relations humaines. Que j’avais toujours l’impression d’être sur un banc de touche. A attendre une connexion.

Je n’arrive pas toujours à garder mes amis. Il y a ceux qui s’en vont parce qu’ils me reprochent de ne pas savoir entretenir une amitié. Ou qui me disent que je ne comprends pas ce qu’est l’amitié. Et ceux qui s’en vont sans expliquer pourquoi.

Je peux rester une semaine chez moi sans ressentir le besoin de voir quelqu’un. Et si une personne sonne à la porte. Je baisse le son de la télé. Et fais le mort. Parce que je ne supporte pas que l’on vienne sans y être invité.

Je suis constamment dans la Lune. Et parfois, même quand vous me parlez. Je vais vous raconter ma vie. Et quand ça sera à votre tour. Mon regard se videra et je serai parti.

J’ai plein de petites habitudes qui font maintenant rire mon entourage. Je ne bois pas dans le verre d’une autre personne. Je ne dors pas dans un lit étranger. Je ne marche pas sur les traits. Je compte les marches en montant. Je déteste serrer la main. Je déteste que l’on me touche. Surtout quand je n’ai pas invité la personne à le faire. Et d’autant plus quand il s’agit d’une fille.

Et je demande souvent pourquoi ? Pour tout, pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il faut faire ça ? Et là qu’est-ce que je dois dire/faire ?

Et je pense savoir aujourd’hui que la question n’est pas tant « Pourquoi ? » mais plutôt « Qui/Que ? ».

Comme dans « Que suis-je ? »

Et de trouver la réponse. Même si j’ai déjà ma petite idée.

Six

Et de six.

Le 14 mai 2009. Au soir. Sous la pluie. J’ai rencontré ce garçon. Il portait une veste en cuir. Je dis garçon mais c’était un homme. Avec une voix grave. Et des yeux bleus profonds. Nous nous sommes posés. Il a pris une bière. Moi, un coca. C’était au Bateau Ivre.

Au détour d’une rue sombre. Je lui ai demandé de quel signe il était. Et je l’ai embrassé. Scorpion contre Sagittaire. Rue du Père-Teilhard-de-Chardin.

Je n’oublierai jamais ce soir-là. Et bien qu’amoché et cachant mes sentiments, j’ai très vite craqué pour lui. Ce que je n’ai fini par lui avouer qu’un an après. Regrettant tout ce temps où je l’ai maintenu à distance.

Aujourd’hui. Comme pour rattraper ce temps perdu. Je lui dis que je l’aime chaque fois que je le pense. Chaque fois que je le regarde. Chaque fois que je pense à Lui. Je souhaite que tout cela ne s’arrête jamais. Qu’il soit dans mon futur. Et moi dans le sien.

Il est celui qui m’a permis de ne plus me sentir seul même quand je suis seul. Et si l’on me demande à quel endroit je me sens le mieux. Je répondrais toujours que c’est avec Lui.

Avec Lui.

Le Garçon de Bordeaux.

La semaine dernière. Je suis allé à Bordeaux. Je n’y avais pas mis les pieds depuis ce jour où un garçon m’y a abandonné à la gare. C’était en 2008.

Je parle très peu de ce garçon. Notre histoire d’amitié a été rapide. Une sorte de feu de paille. Un éclair. Quelque part en Avril et Aout.

Je l’ai rencontré sur Paris par l’intermédiaire d’anciens blogueurs. La grande époque. Nous avions rendez-vous au Pick Clops. Nous étions six. Et c’est la première fois que je le voyais. Il était au centre de tout. J’étais plutôt à l’est. Mais je le trouvais drôle et charmant. Et il me taquinait.

Ce qui, dans les faits, me suffisait amplement.

Il m’a alors jeté une cacahuète. Une cacahuète entière. Et j’ai compris que je lui plaisais aussi. Allez savoir pourquoi. Je savais que c’était sa façon à lui de me faire comprendre que je lui plaisais bien.

J’ai fini par changer de place et m’assoir à côté de lui. J’avais un énorme bouton sur le visage mais je m’en suis aperçu beaucoup plus tard ce soir-là. Ca ne semblait pas le gêner. Lui s’amusait simplement du duvet sur mes oreilles.

Nous nous sommes tous retrouvés le lendemain. Et lui et moi avons pu nous rapprocher davantage. On était déjà dans la Bulle. La fameuse Bulle qui fait entrer deux personnes dans un autre monde et les coupe de ce/ceux qui les entoure/nt.

Il n’était cependant absolument pas question de craquer sur lui. J’avais déjà expérimenté les relations à distance et je ne voulais pas m’y perdre à nouveau. Tout ne devait rester qu’amical.

Le lendemain. Juste tous les deux. Nous passions la journée ensemble avant son retour pour Bordeaux. Tout se passait très bien. Tout était parfait. Jusqu’à son baiser volé.

Ca n’a duré que quelques secondes. Et ce serait mentir que de dire que je n’aurais pas souhaité plus. Mais je n’envisageais vraiment pas de vivre une nouvelle histoire compliquée. Et lui non plus d’ailleurs. Nous avons décidé de jeter ce baiser de rien du tout aux oubliettes. Mais je n’oublie rien. C’est ma malédiction. Je me rappelle de l’endroit précis où c’est arrivé. Comme tous les détails de cette histoire. Hyperthymésie.

Il est retourné sur Bordeaux. Et nous avons alors commencé à nous appeler. Assez souvent. Il me réconfortait. Me disait des choses qu’on ne m’avait jamais dites. Il me redonnait de l’énergie. J’appréciais beaucoup de l’avoir.

Il est revenu deux fois sur Paris. Chaque fois pour « recharger mes batteries » comme il me le disait. C’était une époque difficile pour moi. Je n’allais pas bien. Ma solitude me pesait. Et mes enfantillages avec Atypik et Ekkooo me tuaient.

Entre ses deux visites, j’ai rencontré Jolies Lèvres. Et j’ai commencé à aller mieux. Je pensais alors avoir suffisamment d’énergie pour m’occuper de lui à mon tour.

En Août, je m’organisais pour pouvoir aller le voir. Je comptais passer quelques jours avec lui. Il me racontait souvent comment il recevait ses amis et j’imaginais un peu le programme qu’il me réservait.

Je n’y étais pas du tout.

Manifestement, j’avais fait une erreur en arrivant et en m’auto-proclamant Docteur. Ce qu’il avait fait pour moi, il refusait catégoriquement que je puisse le faire pour lui. Il a commencé par se refermer. Me reprocher des petites choses comme appeler Jolies Lèvres ou ma Mère pendant que lui et ses amis mettaient la table. Il a fini par ne plus m’adresser la parole. Il faisait tellement beau dehors et il nous retenait à l’intérieur. Je ne savais plus quoi faire. Il est allé jusqu’à contacter L’Homme à la Bouteille pour savoir si nous étions vraiment sortis ensemble.

J’ai fini par lui demander de me déposer à la gare. Avançant donc la date de mon retour. J’y ai changé mon billet. Prochain train dans deux heures. Et il est parti. Il est rentré chez lui sans se retourner. Me laissant à la Gare.

J’ai attendu mon train. Et suis rentré sur Paris sans réellement comprendre ce qu’il s’était passé. Et quelle erreur j’avais pu commettre. Il n’a plus répondu aux appels. Il n’a plus répondu aux messages. Il a simplement répondu à un billet sur Beur-Boy. Et c’était la fin.

Me retrouver à Bordeaux. Dans cette gare. A fait remonter tous ces souvenirs. Toute cette histoire. Elle a presque sept ans. Et j’ai toujours la cacahuète. Elle est dans ma Boite à Malices. Là où je conserve les petits riens qui vont avec mes souvenirs.

Parfois, j’aimerais retourner en 2008. Parce que ce serait certainement le moyen le plus simple de tous les revoir. Peut-être même, le seul moyen.

Mais je n’ai pas ce pouvoir. Moi je ne peux qu’écrire.

Les Fins des 15 avril.

Il y a quelques jours. En l’espionnant sur twitter. Je me suis demandé si tout allait bien pour lui. Quelque chose clochait. Il renvoyait vers un billet de blog plutôt désespéré. Et je m’étais alors fait cette réflexion. Que si jamais il prenait contact avec moi, je ne le rejetterais pas. Et l’aiderais.

Hier. Le 15 avril 2015. J’ai reçu une notification m’indiquant qu’il ne me suivait plus. Ce que je ne peux lui reprocher, m’étant moi-même désabonné il y a un moment déjà, n’appréciant pas notre manque d’échange ni même sa participation irrégulière sur ce médium. Mais. Je persistais quand même à l’espionner. Afin de suivre sa vie. Et toujours garder un oeil sur lui. Parce que j’ai l’impression qu’il ne sera jamais n’importe qui.

Un 15 avril. Evidemment.

Parce que ma vie a été écrite par des scénaristes de Soap Opera. Tout n’y est que symboles et coïncidences. Tout est fait pour me faire cogiter. Et je me demande maintenant si derrière mon étagère à mangas pour filles, il n’y a pas un double de moi qui cherche à me faire passer des messages.

Un 15 avril. Une date redondante, cyclique dans mon/notre histoire.

Il y a six ans. Un 15 avril. Fraîchement largué, je l’avais appelé pour qu’il me réconforte. Ce n’était pas mon idée. Je n’ai pas pour habitude de me confier lorsque quelque chose ne va pas. Au contraire, je suis plutôt du genre à me replier sur moi. Pour me soigner de l’intérieur. Sans l’aide de personne. Parce que je suis plusieurs et que c’est ainsi que nous avons toujours procédé.

Mais, ce 15 avril là, en rentrant chez moi. Empruntant ce couloir de métro, qui depuis me rappelle chaque fois, chaque jour, à chaque passage, ce moment précis. Je l’ai appelé. Pour qu’il m’aide.

Et, ce soir-là. Ca a été notre fin à nous aussi.

Incapable de parler, il avait gentiment abrégé la conversation. Me conseillant d’appeler une autre personne. Personne dont je me fichais absolument.

Nous n’avons jamais pu surmonter cet événement. Tantôt par ma rage et rancune. Tantôt par son copain extrêmement jaloux. Tantôt par nos vies éloignées.

Il m’arrive encore de me demander si nous avions réellement envie que cela se produise. Ou si nous n’étions, finalement, pas mieux l’un sans l’autre. Je surestime même sûrement l’importance de notre relation passée et les souvenirs que j’ai pu lui laisser.

Ce que je sais, c’est que j’ai eu un réel coup de coeur pour ce garçon. Pas pour celui que tout le monde croyait connaître ou aurait voulu connaître (dans plusieurs sens d’ailleurs). Mais pour celui que j’ai eu la chance de découvrir. Je me souviens de tous ces moments où nous entrions dans une bulle, lui et moi. Mettant parfois mal à l’aise les gens qui nous entouraient. Je me rappelle de tous ces moments à deux. De ces messages que nous nous envoyions. Nous étions amis. Et je suis content d’avoir pu avoir cette complicité et cette place auprès de lui. Celle qui rendait jaloux et faisait parler tout le monde.

J’avais l’impression d’être spécial.

Je l’aimais beaucoup. C’était un garçon important pour moi. Et il ne sera jamais n’importe qui. Parce que dès le début, il était atypique.

Je souhaite que tout aille pour le mieux pour lui. Parce que je sais moi que c’est son coeur qui est « as big as you think ».

Je regretterai certainement d’avoir écrit tout ça. Mais j’y tenais.

Baby Blues Post-Japon.

J’ai passé deux semaines au Japon. D’abord à Osaka puis à Tokyo avant de rejoindre Okinawa. J’ai visité Kyoto, Nara et Kamakura. J’ai eu la chance de pouvoir voir le Mont Fuji de mon hublot lors d’un vol interne. J’ai eu des conversations adorables avec des japonais. On m’a spontanément pris en photo plusieurs fois alors que je visitais des temples ou lorsque je mangeais. On m’a demandé si je voulais bien être mannequin sur Harajuku. J’ai vu les gens ouvrir grands leurs yeux lorsqu’ils m’ont vu devenir dingue devant des publicités pour des produits Sailor Moon. J’ai mangé tout ce que je pouvais. J’ai pris le métro dans tous les sens. J’ai parlé japonais. Je me suis fait invité au resto par des Salary Men étonnés d’y voir un français.

J’ai oublié pendant deux semaines que j’étais français. Je me suis plié à toutes les coutumes. Je ne me suis pas mouché en public. Je n’ai pas mangé ni bu dans le métro. J’ai retiré mes chaussures partout où il fallait les retirer. Je n’ai pas parlé fort. Je n’ai pas dévisagé les gens. J’ai fait la queue pour rentrer dans un métro ou prendre un bus. J’ai traversé dans les passages cloutés quand le feu était au rouge uniquement. J’ai fait du bruit en aspirant mes Soba, Udon ou Ramen.

J’ai vécu deux semaines incroyables dans un pays que je connaissais sans le connaître réellement depuis ma plus tendre enfance. Parce que pendant que les gens de mon âge voulaient tous un jour fêter Halloween, moi je rêvais de faire le Hanami. Parce que l’American Way of Life ne m’intéressait pas. Parce que les personnages de mes mangas ou animés d’enfance me faisaient envie avec leur quotidien.

Et je suis revenu en France.

Lundi dernier. Après deux vols successifs. J’ai finalement retrouvé le sol français.

Arriver à CDG avec un bagage en moins. Voir la fille de la compagnie aérienne avoir une discussion privée avec sa collègue pendant qu’elle s’occupait de nous. Aller prendre le RER B. Me demander pourquoi un RER reliant deux aéroports n’offre aucune place pour ranger ma valise. Voir quinze garçons en jogging entre l’aéroport et chez moi. Me demander pourquoi la fille à côté de moi dans le RER me dévisage alors que je ne la connais pas. Entendre toute sa conversation insipide. Etre gêné par le parfum de chaque personne de la rame. M’extraire du RER à Châtelet.

Et une semaine après. Je ne me sens toujours pas bien.

Paris est sale. Les parisiens sont des sauvages. Les touristes se croient tout permis. Les gens jettent leurs mégots partout. Le service client dans les magasins est une honte. Les garçons s’habillent mal. Je hais les gens.

Je souffre au choix du Syndrome de Paris. D’un Baby Blues post-Japon. Ou d’un trop douloureux retour à la réalité.

Quoi qu’il en soit. Je fais le serment d’y retourner. Parce que bizarrement, je m’y suis senti chez moi. Mais je jure également de me battre pour que Paris soit respectée. Parce que c’est ma ville et que cela m’insupporte de la voir à ce point malmenée.

Bref, je suis rentré et il va me falloir un moment avant de m’en remettre.