Le Garçon qui écrivait ailleurs.

C’est tout moi ça. Partir écrire ailleurs. Tester. Expérimenter. Voir si je vais tenir dans la durée. Et ne prévenir personne.

Je suis parti écrire ici. Plus simple. À portée de main. Et non figé.

Je ne sais toujours pas si je continuerai à extérioriser ce qu’il y a dans ma tête. Tout ce qu’il y a dans ma tête. Tous ceux qui sont dans ma tête.

Mais j’ai envie d’essayer.

Et vous ?

Submarine Réflexion.

Il y a tellement de choses que je souhaiterais partager sur ces dernières semaines. Mais j’ai perdu ce réflexe. Que j’avais à l’époque de Beur-Boy. De sauter sur mon blog dès que j’avais quelque chose à dire, pleurer, partager ou écrire.

Aujourd’hui, j’ai cette impression de tout garder pour moi parce que je ne prends pas le temps de le partager. Et c’est dommage. Je n’ai pas envie de m’arrêter de blogguer. Je me fiche que l’on pense que c’est passé de mode. Alors je suis à la recherche d’une solution pour y remédier.

C’est vrai également que je ne suis plus trop enclin à partager les mêmes choses. Premièrement, parce que je pense être enfin guéri de certaines expériences, de certaines personnes (j’attends vos mazeltov et j’en vois être soulagés tout au fond). Mais aussi parce que j’arrive à la fin de ce cycle.

Czech-Boy, Beur-Boy puis Oslo Ohara. Je ne sais pas vraiment ce qui viendra ensuite. Mais je sais que je continuerai à le partager.

L’année de mon Bac.

Il y a quinze ans. J’ai eu mon bac. L’allemand LV2 et le sport m’ont sauvé. Totalement improbable et pourtant…

J’avais 17 ans. J’étais un grand garçon assez maigre. Cinquante kilos pour un mètre quatre vingt trois. J’avais de longues jambes fines qui montaient jusque là. Et mon rêve était d’avoir des cheveux lisses et raides comme ceux de Subaru Sumeragi de Tokyo Babylon.

Mais ils étaient tout le contraire alors je passais mon temps à les lisser. Si j’avais su qu’ils m’abandonneraient progressivement, je ne les aurais pas autant maltraités.

J’étais une vraie fille manquée. Et dans un monde où cette expression est toujours péjorative (contrairement à l’équivalent « Garçon Manqué » – injustice), je pense pouvoir dire que j’étais brave.

J’avais un style vestimentaire très personnel. J’adorais les pantalons à carreaux et mes T-shirts n’étaient pas forcément adaptés à ma taille, ni à mon âge. Et en fait pas réellement adaptés à mon genre. Je portais souvent des chemises, que je ne boutonnais que sur deux boutons au niveau du torse. Je devrais sans doute dire, poitrine.

C’est l’année de mon Bac que j’ai fini par me laisser aller aux Rêveries. J’avais jusqu’alors toujours pu contrôler ces disparitions. Un moment, j’étais en cours, dans ma classe, entouré des autres élèves, et d’un coup, je me retrouvais ailleurs. Loin, très loin.

C’est ma prof d’éco/socio qui m’a expliqué que je décrochais et qu’elle ne savait jamais véritablement si j’étais là ou dans mon monde.

Je craquais sur Fabien. Le beau brun bien sous tout rapport de la classe. Intelligent, mignon et sportif que j’essayais d’impressionner de toutes les manières possibles. Je ne savais pas comment un garçon pouvait/devait plaire à un autre. Nous n’avions à ce moment-là pas tous ces persos gays de séries. Nous n’avions pas tous ces modèles. Nous étions seuls.

Même si j’avais beaucoup d’amis, je faisais toujours le chemin de/jusqu’à chez moi, seul. Je rêvais du grand amour. Chaque fois que j’allais ou rentrais du lycée, je fantasmais à l’idée qu’un type à moto me propose de me raccompagner. Qu’un homme m’aborde. Que je rencontre quelqu’un.

Mais ça ne se fit jamais. J’étais un épouvantail.

J’étais populaire dans mon lycée. Pas du tout comme ces étudiants américains dans les séries. J’étais populaire parce que j’étais différent. Tout le monde me connaissait ou avait un avis ou un mot pour moi.

Et ce mot était souvent « le pédé ».

Toutes ses particularités ont laissé le champ libre à cette solitude intérieure. Cette immense forteresse. Ce monde qui n’est qu’à moi. Dans lequel, j’allais me réfugier sans m’en apercevoir. Et dans lequel je disparaissais. Sans cesse. Comme si cela m’enveloppait. Comme une armure invisible.

Je repense souvent à ce garçon que j’étais. J’ai beaucoup d’affection pour lui. Et si je pouvais moi aussi traverser un trou noir et me retrouver derrière sa bibliothèque à mangas, j’en profiterais pour lui dire des choses gentilles. Lui donner du courage. Encore plus de force. Et certainement lui parler de l’Homme de ma vie. Le futur homme de la sienne. Comme pour lui dire que tout arrive.

Mais, en fait, ce garçon était déjà bien courageux. Beaucoup plus courageux que je ne le suis aujourd’hui. Beaucoup plus fort. Lorsque je pense à tous ces jeunes qui commettent l’irréparable parce qu’ils ne voient pas d’alternative possible. Je me dis qu’il y avait certainement déjà quelqu’un derrière ma bibliothèque.

Et si c’était déjà moi ?

Celui qui ne pleure pas.

Le weekend dernier. Mon père a fait un AVC.

Les derniers résultats d’examens sont encourageants. Il va mieux. Et devra rester hospitalisé un court moment avant d’entrer en maison de rééducation.

Je n’ai pas pleuré.

Pourquoi est-ce que je n’ai pas pleuré ?

Pourquoi suis-je le seul à n’avoir pas pleuré ?

Et pourquoi est-ce que j’ai envie de pleurer… du fait de ne pas arriver à pleurer ? (et que je n’y arrive même pas).

Ma mère a pleuré. Mes frères ont pleuré. Les oncles. Les tantes. Les cousins ont pleuré. Les amis de la famille ont pleuré. Tout le monde a pleuré.

Moi non.

Tout à l’heure. Mon frère m’a demandé si je suivais une série. Il m’a dit qu’elle devrait me plaire parce que le personnage principal était comme moi. « Un type sans coeur avec un QI élevé ».

Souvent. Pour expliquer pourquoi je ne pleure pas. Je dis aux gens que je suis un robot. Et à vous plusieurs fois, je vous ai dit que j’étais un extra-terrestre. Je vous ai également dit, du temps de Beur-Boy, que je ne comprenais pas bien comment se nouaient les relations humaines. Que j’avais toujours l’impression d’être sur un banc de touche. A attendre une connexion.

Je n’arrive pas toujours à garder mes amis. Il y a ceux qui s’en vont parce qu’ils me reprochent de ne pas savoir entretenir une amitié. Ou qui me disent que je ne comprends pas ce qu’est l’amitié. Et ceux qui s’en vont sans expliquer pourquoi.

Je peux rester une semaine chez moi sans ressentir le besoin de voir quelqu’un. Et si une personne sonne à la porte. Je baisse le son de la télé. Et fais le mort. Parce que je ne supporte pas que l’on vienne sans y être invité.

Je suis constamment dans la Lune. Et parfois, même quand vous me parlez. Je vais vous raconter ma vie. Et quand ça sera à votre tour. Mon regard se videra et je serai parti.

J’ai plein de petites habitudes qui font maintenant rire mon entourage. Je ne bois pas dans le verre d’une autre personne. Je ne dors pas dans un lit étranger. Je ne marche pas sur les traits. Je compte les marches en montant. Je déteste serrer la main. Je déteste que l’on me touche. Surtout quand je n’ai pas invité la personne à le faire. Et d’autant plus quand il s’agit d’une fille.

Et je demande souvent pourquoi ? Pour tout, pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il faut faire ça ? Et là qu’est-ce que je dois dire/faire ?

Et je pense savoir aujourd’hui que la question n’est pas tant « Pourquoi ? » mais plutôt « Qui/Que ? ».

Comme dans « Que suis-je ? »

Et de trouver la réponse. Même si j’ai déjà ma petite idée.

Six

Et de six.

Le 14 mai 2009. Au soir. Sous la pluie. J’ai rencontré ce garçon. Il portait une veste en cuir. Je dis garçon mais c’était un homme. Avec une voix grave. Et des yeux bleus profonds. Nous nous sommes posés. Il a pris une bière. Moi, un coca. C’était au Bateau Ivre.

Au détour d’une rue sombre. Je lui ai demandé de quel signe il était. Et je l’ai embrassé. Scorpion contre Sagittaire. Rue du Père-Teilhard-de-Chardin.

Je n’oublierai jamais ce soir-là. Et bien qu’amoché et cachant mes sentiments, j’ai très vite craqué pour lui. Ce que je n’ai fini par lui avouer qu’un an après. Regrettant tout ce temps où je l’ai maintenu à distance.

Aujourd’hui. Comme pour rattraper ce temps perdu. Je lui dis que je l’aime chaque fois que je le pense. Chaque fois que je le regarde. Chaque fois que je pense à Lui. Je souhaite que tout cela ne s’arrête jamais. Qu’il soit dans mon futur. Et moi dans le sien.

Il est celui qui m’a permis de ne plus me sentir seul même quand je suis seul. Et si l’on me demande à quel endroit je me sens le mieux. Je répondrais toujours que c’est avec Lui.

Avec Lui.